Projection : NAZA
En raison de certains témoignages et de brèves images d’archives, ce film peut choquer un public jeune ou sensible.
Le Palace fait partie des 500 cinémas en France qui proposent une séance unique du documentaire NAZA, des cinéastes israëliens Yuval Abraham et Rachel Szor, qui a fait l'effet d'un uppercut au dernier Festival de Venise.
"Présenté en compétition officielle à la Mostra de Venise, Naza, le nouveau long-métrage de Yuval Abraham et Rachel Szor, deux des réalisateurs de No Other Land (2024), documentaire sur la résistance à la colonisation en Cisjordanie, fait l’effet d’un uppercut qui laisse le spectateur sonné, tant il est difficile de rester indifférent face au tableau d’une déshumanisation si avancée. Le dispositif du film est simple. Yuval Abraham interroge de nuit, sur les toits de Tel-Aviv, une vingtaine de citoyens israéliens qui, à différents degrés, ont collaboré avec l’armée lors des opérations de représailles à Gaza ayant suivi les attaques terroristes du 7-Octobre perpétrées par le Hamas, causant la mort de plus de 1 200 personnes. Certains du côté des renseignements, d’autres directement sur le terrain. Tous sont plongés dans le noir, la voix parfois légèrement trafiquée, pour préserver leur anonymat. Les personnes interrogées racontent de l’intérieur la manière dont l’armée israélienne opère, au mépris des vies palestiniennes. Le terme « naza », qui donne son titre au film, désigne en interne le nombre de pertes civiles estimées ou avérées en cas d’attaque aérienne. Hommes, femmes ou enfants indifféremment. Juste un chiffre, une donnée abstraite même si celle-ci est parfois importante, jusqu’à plusieurs centaines de personnes pour une cible. (...) Au-delà de la description concrète des agissements de l’armée israélienne, une question obsède Yuval Abraham. Comment moralement accepte-t-on de collaborer à une telle entreprise qui coûte la vie à des personnes innocentes, parfois des jeunes enfants ? Malgré un malaise perceptible dans les silences, notamment, des interviewés et, chez certains, une pointe de culpabilité tardive, ceux-ci répondent à l’immense majorité qu’au moment de leur participation ils n’ont ressenti aucune gêne. (...) Naza met au jour un système de pensées et de décisions qui mène au mépris de l’existence de l’autre. A son écrasement. De nombreux plans de Tel-Aviv de nuit parsèment le film. On y voit le centre militaire, mais surtout des habitants vaquant à leur quotidien dans leur appartement, à quelques kilomètres de l’enfer. Une bulle ordinaire."
Boris Baside, Le Monde